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UN TRAIN A GOUVILLE ? |
Il ne s?agit pas du prolongement de la ligne directe Paris-Gouville pour l?an 200..... même s?il est toujours permis de rêver, mais dans ce qui va suivre, rappeler le train qui a existé sur notre côte, et par conséquent sur notre commune, des années 1909 à 1937.Ce train allait de Coutances à Lessay, et de Lessay à Coutances.
L?inauguration initiale eut lieu le premier janvier 1909 à 5h35 du matin. Mais, en ce premier janvier et en raison de l?heure matinale, l?inauguration officielle avec les personnalités s'organisa, pour le départ du train de 10h, à la gare de Coutances.
Ce train était fort utile pour le déplacement des personnes qui travaillaient sur d?autres communes ; la voiture était exceptionnelle dans notre région à cette époque.
L?enthousiasme gagna bon nombre d?habitants, l?agrément de cette voie littorale décrite donna à chacun l?envie de la découverte. C?est en famille que, le dimanche y compris, le train circulait au complet, et le nombre de voyageurs dépassa largement toutes les prévisions, même les plus optimistes. Et ceci même en hiver !
Dès le 3 février 1909 le service « Marchandises » fut ouvert, puis le 1er mai suivit le service des « Colis postaux ».

Parcourant ainsi 37 km entre Lessay et Coutances, il n?y avait pas moins de dix neuf arrêts. Une seule gare à Gouville même, mais une halte à Linverville. La commune s?était décidée à l?aménagement de la voie ferrée pour améliorer le trafic de marchandises, au départ et à l?arrivée.
En effet, à cette époque, il y avait grand commerce de varech, verdrière, et encore un peu de tangue.L?aménagement d?un grand terre-plein a été réalisé à la Caillerie et ce fut un chantier important.Le « faux-plat » sur lequel passait cette ligne vient de disparaître récemment en raison des travaux effectués rue du Nord. Cependant la gare elle-même est toujours là, pratiquement identique à son origine. Devenue aujourd?hui maison d?habitation, elle est simplement entourée d?un jardin clos, et recouverte d?un autre crépi.
Ce lieu d'implantation avait été retenu en raison du grand hangar existant en ce point, hangar à varech, qui lui même a été grandement réhaussé puisque le train allait permettre l?apport et l?envoi de plus grandes quantités de varech.
À quoi servaient ce varech et cette verdrière ? tout d?abord aux laboratoires pharmaceutiques, mais également, en raison de leur qualité ignifuge, ils étaient utilisés pour capitonner les banquettes de trains, fauteuils de théatre, matelas etc...Pendant bien des années encore, personne n?aurait manqué la cueillette d?algues puis de lichens, ceci jusque dans les années 1950-1960.
La gare de Gouville et, au fond, le Hangar ou "Magasin" à varech
La Filature, de part son activité industrielle, était également une source très importante de transport de marchandises . « La Mécanique » comme l?appelaient les Gouvillais avait jusqu?à 150 employés pour 1500 habitants.Il fallait beaucoup de charbon, transporté à cheval avant l?apparition du train. Si ce transport était particulièrement pénible pour les chevaux en raison des côtes à la sortie de Coutances et au passage du Pont de la Roque, pour le train lui-même ce n?était pas toujours évident. Il s?agissait d?une voie étroite, et parfois trop lourdement chargés, les wagons devaient être détachés pour arriver à monter la côte entre le Pont de la Roque et Coutainville.
Près de Bricqueville la Blouette, où il n?y avait pas de gare mais comme à Linverville, une seule halte à l?entrée des marais, la voie longeait le canal de la Soulles et l?hiver, les eaux venaient parfois baigner le remblai. Lors des grandes marées, le train se frayait un chemin sur des voies recouvertes d?eau, non sans inquiéter certain voyageurs qui se retrouvaient ainsi "naviguant" au milieu des eaux.
Les wagons "Voyageurs" étaient élégants, les dossiers et sièges en lattes de bois verni. La publicité était présente, avec de grandes affiches, il y avait aussi des porte-bagages, mais attention à ce qui se trouvait au-dessus de votre tête ! Il est arrivé que des pots de peinture se soient ouverts et renversés sur la toilette et le chapeau (l?on portait toujours des chapeaux à cette époque) d?une institutrice, le coût du nettoyage fut fort onéreux pour l?imprudente qui avait placé là haut ses pots.
Au milieu du wagon, entre les sièges répartis de chaque côté, une allée permettait les déplacements et conduisait jusqu'aux plates-formes situées à chaque extrémité des wagons. Ces plates-formes étaient bien agréables aux beaux jours pour admirer le littoral et le paysage côtier, et pouvoir discuter tout en prenant le grand air.
Des incidents techniques se produisaient parfois, il fallait réparer immédiatement, ne transportait-on pas des personnes se rendant à leur travail, et des marchandises utiles et utilitaires. Il arriva même que des voyageurs durent terminer à pied le parcours, lorsque, ne pouvant réparer, il fallait attendre l?arrivée d?une locomotive de remplacement qui venait de Coutances. Ce fut un jour le cas alors que la locomotive qui ne voulait pas quitter Coutainville, les passagers finirent à pied le parcours pour
rejoindre Gouville. Seule Melle MOTTIN, de Linverville, ne put, en raison de son âge, revenir à pied et c?est à minuit que cette fois-là les Gouvillais furent réveillés de façon inhabituelle par les sifflements du train.
Ce train littoral fit aussi des victimes, non seulement des animaux qui brouttaient sur la voie, il n?y avait ni clôture, ni garde-barrière , la ligne de chemin de fer coupait routes et chemins en de nombreux endroits. Le train avait beau siffler, faire beaucoup de bruit une femme, qui ramassait de l?herbe pour ses lapins, n?entendit rien et se fit écraser. C?était la mère LELAIDIER, l?on disait que sa tête était quelque peu dérangée.
En 1917, le médecin de Gouville, le docteur GALENE, remplaçant le docteur LEMAITRE appelé au front, et se rendant avec sa voiture aux Hougues, auprès d?un malade, fut en début d?après-midi happé par le train et tué sur le coup. Il laissait deux enfants à qui il avait promis de les emmener à la plage dès son retour. Quelques autres Gouvillais furent ainsi happés et tués par le train.
Malgré tous les avantages apportés par ce train, aussi appelé Tram ou Tramway, les nouvelles techniques, voitures, cars trouvèrent de nouveaux débouchés. Le train ne faisait plus ses affaires, il fut ainsi supprimé en 1937.
Ce train avait permis le développement touristique du littoral, avec plusieurs hôtels-restaurants à Gouville dont celui à l?enseigne « À Christy qu?c?est bon » à la plage, l?Hostellerie Marie route de la mer et son annexe le « Boué Jan » sur les dunes, et, avec les premiers bains de mer qui virent jour lors des premières congés officiels. Enfin pour le remplacer, non sans de grands regrets, vinrent les autocars de la SATOS ( * ).
C?est toujours avec nostalgie que les anciens se souviennent avoir, enfants, découvert le voyage en train et la beauté du littoral. Si l?on prête attention l?on trouve encore en de nombreux endroits l?emplacement de cette ligne de chemin de fer, portions de route ou de pré surelevés ou applanis, gares ou reste de haltes.L?ancien "magasin" à varech est toujours là, c'est aujourd?hui le dépôt des matériels communaux.
(1) Service régulier d'autocars pour le transport des voyageurs, de leurs bagages, entre COUTANCES et LESSAY, en correspondance avec les horaires des trains du réseau secondaire des chemins de fer, et desservant les localités de la côte, dont BLAINVILLE, GONNEVILLE, LINVERVILLE et GOUVILLE.