QUINCAILLIER... AUTREFOIS !

Le mot Quincaillier est une dénomination générale, sous laquelle les négociants renferment une infinité d'espèces différentes de marchandises, d'acier, de fer, de cuivre ouvré, qui font partie de la mercerie. Les principales de ces marchandises sont : des couteaux, ciseaux, rasoirs, canifs, instruments de chirurgie, tire-bouchons, etc... Le titre de quincaillier appartint d'abord aux vanniers qui, dans leurs statuts du 24 juin 1467, sont appelés "vanniers-quincailliers". Ces derniers formèrent ensuite la douzième classe de l'importante Corporation des merciers. On nommait quincailliers grossiers "les marchands en gros qui fournissoient les détailleurs".

Jusqu'à la fin du XIIIème siècle, presque toute la quincaillerie vendue en France était fabriquée à Saint-Etienne ou à Thiers. Les régions d'outre-Rhin aujourd'hui couvertes par l'Allemagne, nous en envoyaient aussi beaucoup.

On trouve mention de clincquailleurs, clinquaillers, crincaillers, quincquailleurs, etc... et des lettres patentes de 1725 portant "quelincaillers".

Plus près de nous, que vendait le quincaillier à Gouville ? car le quincaillier des champs n'est pas celui des villes...

Il vendait des lessiveuses, n°0 pour laver les couches et langes des bébés, jusqu'au n°6 pour les grandes lessives, et des fourneaux en fonte ronds, sur trois pieds près du sol afin que la lessiveuse lourde de l'eau et du linge ne soit pas trop difficile à jucher sur le fourneau; il vendait aussi des "puchoux" ou pots à lessive, genre de seau avec une douille qui recevait un long manche pour puiser l'eau dans une "timbale" se trouvant dans la cheminée, toujours pleine d'eau chaude. La timbale était une sorte de grande bassine en fonte avec anse, accrochée à la crémaillère ("crémillie").

Mais le quincaillier vendait aussi des serpes à bois, à gauche, à droite, des faucilles de Vire, Coutances, Gavray, des faux, des fauchons ou "dards" pour couper la bruyère, des tiers maille liège pour les chevaux, maille droite à deux ou trois tourets "tourniaux", ce qui empêchait le tiers de s'enrouler, les maillons se prenant les uns dans les autres.

Le grillage se vendait, se vend toujours, maille triple torsion, maille simple torsion (grosseur du fil mesuré à la jauge de Paris), et aussi des pointes toujours mesurées en "pouces" 27 - 54 - 70 -, et nos clients nous demandaient des pointes de 1 pouce, 1 pouce 1/2, 2 pouces, etc... à nous de traduire, car elles nous étaient vendues au millimètre.

Et les clous à sabots... platiron
orné pour la semelle, caboches
pour le talon, fil à brider les
sabots, tendu sur le dessus et
retenu par un clou de chaque
côté. Et puis les pièges à
taupes modèle Cherbourg,
Putanges, double rivet...
Puis la toile de jute dessus,
claire pour le dessous, des
fournitures nécessaires à la
remise en état d'un sommier
(semences cuivrées, bossettes,
ressorts 6, 7 tours, ficelle
suiffée ou goudronnée). La
toile de dessous servait
également à emballer les
jambons mis à fumer dans la
cheminée.

Sabots de bois cloutés à platirons ornés (semelle) et à caboches (talon).

On vendait aussi les poudres pour teinter la peinture, vert de Londres n°1 et 2, jaune de chrome, bleu de Prusse, ombre calcinée, noir de fumée et noir d'ivoire, etc...; et les battants de loquet et autres olives brevetées... et encore les cafetières Cherbourg de 0, 00, 000, 0000, en fer étamé, qui se posaient sur des "canes à café" en terre de Noron; les canes existent toujours mais sont devenues objets décoratifs.

Savez-vous qu'une marmite traiteur est un pot-au-feu, et que s'il était en alu de 24 cm cela correspondait à la dimension extérieure, et en émail à la dimension intérieure ? Quand on nous demandait un "pot de chambre", il fallait commander un seau lyonnais. A ce propos, une petite anecdote arrivée au magasin : un jour, une personne (décédée depuis) voulait acheter à la fois un pot-au-feu et un pot de chambre; l'affaire semblait se conclure agréablement, mais quand la cliente eut demandé les prix, elle s'exclama "C'est bye trop chi, j'vas en prendre eun, cha fra les deux...". Véridique !

Je ne vous parle pas du nombre de fois où l'on nous a demandé un détonateur pour un détendeur pour bouteille de gaz ! ni de cette autre cliente qui avait oublié son "carnet de choc" pour régler sa facture. Il y aurait bien d'autres histoires à raconter, mais la mémoire fait défaut. Pourtant ce n'est pas si vieux, puisque nous parlons des années 1950 à 70. Ensuite, vinrent les machines à laver le linge, la vaisselle, etc... qui facilitent bien les tâches de la ménagère.

- Peut-on dire qu'il y a toujours des quincailliers ?
- Sûrement, mais ils ne vendent plus les mêmes articles.

A. et M. PAINSECQ.

N° 705. Ceci n'est pas une serpe à bois, mais une écousse de filassier (en langage normand : une ECOCHE) appelée tourne-galette.